Bonjour Jean-Frédéric. En tant qu’Inspecteur ecclésiastique nous avons tous entendu parlé de vous. Nous avons néanmoins quelques questions qui s’adressent au nouveau pasteur de Bon Secours, puisque vous occupez également ce ministère depuis la rentrée. Pourriez-vous nous retracer brièvement votre parcours ? Comment est née votre vocation de pasteur ?

 

 Je suis né dans une famille particulière car mon papa était à l’origine allemand et s’était engagé dans la Légion Etrangère en France pour combattre les nazis et ma maman était juive. Comme nous vivions avec ma grand-mère maternelle, j’ai vécu toute ma jeunesse une vie ponctuée par les fêtes juives qui étaient célébrées à la maison. A notre arrivée d’Algérie en 1962, mon papa voulait retrouver son Eglise d’origine, l’Eglise luthérienne. C’est ainsi que j’ai découvert l’Eglise car mon père avait décidé de m’inscrire au catéchisme et, par mon pasteur, Jacques Fischer, j’ai découvert Dieu et le message de l’Evangile. Quand j’avais huit ans, je voulais devenir médecin. A 14 ans, j’étais prêt à devenir médecin et pasteur. Puis en réfléchissant, il n’y eut plus que cette idée d’être pasteur pour apporter aux autres ce message libérateur que j’avais reçu : un message d’amour, de fraternité, de liberté, de paix et d’attention aux plus démunis de la vie.

 

Comment va s'organiser votre temps entre votre fonction d'Inspecteur ecclésiastique et la desserte de notre paroisse ?

 

Mon ministère d’Inspecteur me conduit à participer à de nombreuses activités comme le Conseil régional, la conférence des présidents et des Inspecteurs, la Commission nationale des finances de l’EPUdF et encore aujourd’hui au Conseil national (élu en 2013). Mais cette dernière activité se terminera au prochain synode national en mai 2017.

Avec le Conseil presbytéral de notre paroisse, nous avons discerné que je pourrai être présent le dimanche au moins deux fois par mois. Au moins, ce qui signifie qu’il y aura des mois où il me sera possible de célébrer plus souvent le culte avec vous tous. Je participe aux réunions du Conseil presbytéral et je participerai également aux catéchismes. Pour cette année, je ne pourrai pas être présent à toutes les séances malheureusement car certaines tombent pendant des réunions soit du Conseil national qui se réunit trois jours, soit des réunions de la Commission des finances, soit encore des réunions du Conseil régional.

Je souhaite également pouvoir rencontrer des paroissiens qui en feraient la demande. Pour moi, la visite pastorale est un élément essentiel de mon ministère.

 

Pourquoi avoir postulé à Bon Secours plutôt que dans une autre paroisse ?

 

C’est avec le Conseil régional que j’ai réfléchi à la paroisse où je pourrai m’insérer tout en étant Inspecteur. Rapidement, la paroisse de Bon Secours est apparue comme une bonne solution. Elle n’est pas trop éloignée de mon domicile à Noisy le Grand et c’est une paroisse vivante avec un Conseil presbytéral qui « tient bien la barque » et sur lequel je peux m’appuyer en toute tranquillité.

 

Y aura-t-il des changements au niveau des activités à Bon Secours ?

 

Il n’y aura pas de changement dans les activités de la paroisse. Le pasteur Daniel Bouyssou a gentiment proposé son aide pour certaines activités comme l’œcuménisme ou la prière de « David et Jonathan » puisque mon agenda ne me permet pas d’être disponible aussi souvent que je le souhaiterai. Cependant, pendant l’année nous nous sommes mis d’accord pour que je puisse participer à quelques-unes de ces activités.

Que pensez-vous pouvoir apporter à notre paroisse ? Avez vous un message pour nos paroissiens ?

Je pense pouvoir apporter à notre paroisse, déjà, ce que je suis avec mes défauts et mes qualités : mon ouverture aux autres, ma connaissance de l’Eglise, ma théologie et ma spiritualité. 

En 34 ans de ministère, je ne me suis jamais inscrit dans une vie paroissiale en voulant changer les choses et transformer la vie communautaire de la paroisse en ce qui me paraitrait juste et bon. Je suis là pour marcher avec vous sur les chemins que Dieu nous ouvre. C’est ensemble que nous pourrons discerner les nouvelles activités dont nous aurions besoin pour rayonner encore plus dans notre quartier.

Je souhaiterais que nous puissions nous engager dans une dynamique que d’autres paroisses de l’Inspection ont vécu l’année dernière et vont vivre cette année. C’est la dynamique « Eglise de témoins ». Nous avons à témoigner de notre foi. Comment le faire ? Quels moyens nous donnons-nous pour cela ? C’est une réflexion qui doit nous permettre d’aboutir à la création d’un projet, aussi petit soit-il, pour apporter à nos contemporains le message de l’Evangile.

Nous allons apprendre à nous connaître. Bien qu’Inspecteur ecclésiastique, n’hésitez pas à m’appeler pour me demander de vous rencontrer. Je ferai tout mon possible pour me rendre disponible. N’hésitez pas non plus à me dire ce qui ne vous plait pas et aussi, je l’espère, ce qui vous plait. Je veux être votre pasteur à votre écoute.

Quel est votre plus beau / émouvant souvenir de votre pastorat ?

 

Il y en a tellement, je ne pourrai pas vous dire exactement l’un plus que l’autre. Cependant à l’instant me vient à la mémoire ce qu’un jeune m’a dit un jour. Il avait huit ans, et notre Eglise (l’Eglise évangélique luthérienne de France) venait de décider d’autoriser les jeunes enfants à recevoir la Sainte Cène aux conditions qu’ils reçoivent une instruction sur la Cène, l’autorisation des parents et un entretien avec le pasteur. Je demandais ce que pour lui représentait la Sainte Cène et il me répondit : « C’est Jésus qui se donne à moi ». Il n’y avait rien à ajouter ! Et c’est un autre jeune à qui je posais une question absurde : « Pourquoi tu crois ? », qui me fit cette réponse fantastique : « Parce que… ! ». Les souvenirs sont nombreux et aussi simples que ceux-là. Mais j’ai aussi des souvenirs plus éprouvants comme celui de célébrer le service funèbre d’un bébé et d’un enfant de trois ans décédé dans un accident de voiture.

 

Quels sont les aspects difficiles dans votre quotidien de pasteur ?

 

Il n’y a pas de difficultés majeures dans mon quotidien de pasteur ou alors ce sont celles que d’autres peuvent avoir dans leur propre quotidien. Le pasteur est un être humain comme les autres.

Par contre ce qui me trouble et me dérange, est la difficulté de certains à entendre un message libérateur pour leur propre vie. Ce qui m’exaspère au plus haut point, est que dans l’Eglise, il puisse y avoir des luttes de pouvoir et des impossibilités à accepter la nouveauté qui peut, bien sûr, troubler et déranger mais qui permet d’être, néanmoins, en mouvement comme le Dieu auquel je crois qui est toujours en marche.

 

Si vous n'aviez pas été pasteur quelle aurait été votre activité professionnelle ?

 

Comme je le disais au début de notre entretien, je pourrai dire médecin. 

Mais aujourd’hui, je dirai décorateur d’intérieur (c’est mon côté artiste et à l’écoute des autres car une bonne décoration d’intérieur ne peut se réaliser qu’en écoutant les personnes et découvrir leurs goûts et leur vie) ou alors restaurateur. Oui, j’aurai aimé accueillir des gens, les nourrir et parler avec eux de leur vie, de notre vie en société.

Que signifie pour vous être luthérien, et notamment dans le cadre de notre Eglise unie?

 

C’est être d’abord disciple du Christ ! Etre luthérien, c’est dire l’importance de la grâce, c’est-à-dire reconnaître que bien que je ne sois qu’indigne, qu’imparfait, je suis aimé de Dieu ; affirmer que rien n’est fatal dans ma vie, dans notre vie en société ; rappeler que Dieu s’est incarné en Jésus et qu’il me conduit ainsi à vivre ma foi au cœur même du monde sans crainte mais dans l’Espérance que tout est possible pour celui qui croit et, surtout, pour Dieu. C’est dire le discernement nécessaire de ce qui est ou pas essentiel dans la foi, ne pas s’emprisonner dans une pratique quelconque et dans des aspects matériels.

Nous apportons à notre Eglise, l’Eglise Protestante Unie de France, cette notion de la grâce que connaissent nos frères réformés mais qu’ils vivaient différemment de nous. Nous apportons également notre souci d’une liturgie porteuse d’une spiritualité incarnée. On a dit souvent, dans le temps, que nos frères réformés étaient plus « cérébraux » alors que nous vivons la liturgie avec tous nos sens et tout notre corps (on ne s’interdit aucun geste).

Pour voir comment cela s’intègre dans notre Eglise, il n’est qu’à lire notre constitution pour découvrir tout ce que nous avons apporté à cette Eglise unie que nous avons fondé ensemble. Ce n’est pas tout de suite apparent. C’est comme le sel dans un plat. Nous ne le voyons pas mais nous sentons qu’il y en a. N’est-ce pas merveilleux d’être le sel ? Ne sommes-nous pas le sel de la terre, comme le dit le Christ ? Je suis content d’être le sel de notre Eglise !

 

Que vous apportent vos fonctions d'inspecteur?

 

Vous l’avez compris, je ne parle pas de fonction mais de ministère d’Inspecteur. Ce ministère pour lequel l’Eglise m’a choisi, est un vrai bonheur. Oui, c’est vrai, cela n’est pas toujours facile d’être un artisan de l’unité mais c’est la vocation à laquelle le Seigneur m’a appelée. Est-ce facile d’être chrétien ? Je reste, malgré les difficultés, aujourd’hui, un Inspecteur heureux de pouvoir conduire l’Inspection qui m’a été confiée afin qu’elle puisse être un témoin rayonnant de Jésus Christ dans ce monde et dans notre Eglise, même si nous décidons de nous unir dans notre région avec la région réformée.

 Mon ministère m’a apporté, ce que j’avais déjà discerné dans mon ministère de pasteur de paroisse mais d’une façon plus intense encore, l’humilité. Oui, je ne suis qu’un humble serviteur de l’Eglise et de mon Dieu. Je ne suis pas le maitre, je ne suis pas le berger car il n’y en a qu’un : Jésus le Christ. Et je me réjouis, en fait, je rends grâce à Dieu pour ce qu’il me donne à vivre avec toutes les communautés de notre Inspection et de découvrir les chemins qu’ils nous offrent à suivre avec lui et pour lui. J’ai le souci de toutes nos communautés et j’ai le souhait qu’elles puissent vivre avec intensité leur dimension évangélisatrice pour apporter dans ce monde le message libérateur de l’Evangile.

 

Si vous deviez partir seul et vivre sur une ile déserte, en plus de la Bible, quel livre de théologie prendriez vous ?

 

Pourquoi seulement un livre de théologie ? Je suis un grand fan de la littérature de science fiction. Je pourrai emporter avec moi un livre d’Isaac Assimov ou de Franck Herbert ou encore de Jules Vernes. Bon, pour répondre à votre question j’emporterai « De la vie communautaire » de Dietrich Bonhoeffer. Car même si je suis seul sur cette ile, je resterai quand même un humain lié à d’autres êtres humains.

Interview de notre pasteur, Jean-Frédéric Patrzynski

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